Il y a différence avec Mahomet, pris matériellement comme prophète, dont le passage historique est avéré ce qui se comprend puisque arrivant en 600 av. J.C. Dans une sorte de mise à niveau, l’Islam retient Jésus mais comme simple prophète, avec d’autres, j’insisterai là-dessus.

D’entrée de jeu on ne peut qu’accrocher sur la situation qui nous est présentée d’un enfant bien humain, de chair, conçu par une Entité, sans passer par la case “sexe” dans ce grand jeu du Vivant. Difficile à admettre, ou alors il faudrait d’autres développements que cet énoncé strict sans appel. Il y a eu débat là-dessus et je n’ajouterai rien sinon qu’il y a des relents de tradition égyptienne dans la démarche. A l’appui de ce sentiment, je retiens de l’Apocalypse de Jean (XXII - 16) la phrase : “Moi Jésus... je suis le rejeton et la postérité de David...”. Voulant privilégier l’empreinte divine, l’Eglise ne parle guère de cette filiation royale.

Je n’entrerai pas davantage dans le débat philosophique qui voudrait qu’il y ait eu plusieurs “Christ” ou une sorte de jumellité du personnage. Je ne dispose pas d’informations suffisamment probantes et d’autres y ont consacré moult ouvrages plus ou moins connus. Mais, je considère que de toute façon cela ne change pas grand chose à mon étude. Je m’abstiendrai donc d’encombrer le lecteur de théories vagues et d’intérêt mineur. En revanche, il faut savoir qu’il y a eu plusieurs “Envoyés” ou “Messies” avant celui que nous connaissons par le “Nouveau Testament”. Si la prédiction de Zacharie est réelle et d’époque (520 av. J. C. ), alors devant sa prophétie d’un humble “Messie qui arriverait sur un âne”, on peut comprendre qu’il y a eu des vocations... Cette succession de candidats à la mission d’Envoyé du Seigneur a largement contribué au doute manifesté par une partie de la population à l’époque de Jésus de Nazareth, dont on a trop souvent effacé le fait qu’il était Juif parmi des Juifs. Ce détail éclaire mieux la possibilité que Jésus - comme un rabbi - ait pu avoir une compagne, faute de quoi cet envoyé présenté avec l’habillage “homme de chair” eut été mal perçu par ses contemporains. De même n’eut-il pas été logique qu’il ait procréé, en homme de chair même envoyé par Dieu, pour aller au bout de l’identification. Certes, un Jésuite de mes amis - cela arrive - répondait à cela que Dieu ne voulait pas créer une lignée de Jésus. Raisonnement admissible mais qui ouvre bien des portes. Il ne faut pas s’étonner en outre que, comme maintenant, un certain nombre de gens n’aient pas voulu croire à cette version d’envoyé de l’Eternel. Au total, cela fait pas mal de monde à réfuter ce que l’on pourrait appeler la légitimité de Jésus.

On peut même être surpris du nombre et de la vitesse de développement de ses adeptes à l’inverse du rituel. Ainsi, l’adoption de la croix (instrument de supplice) ne se réalisa qu’au IVe siècle. Encore que ces événements aient été commentés à l’extérieur de la Terre Sainte par des Apôtres qui finirent par l’emporter sur le doute et les pratiques ancrées de diverses populations, mais sans contact direct. J’ai travaillé longtemps sur des archives anciennes auxquelles j’ai pu avoir accès. Je dois dire que, sauf incompétence notoire de ma part, il est difficile d’asseoir un historique et une chronologie réels. Cela a d’ailleurs été repris par un journaliste à qui j’avais dit ce que j’ai repris comme titre un peu avant : “la religion ? Une secte qui a réussi”. Lui m’a dit presque la même chose au sujet de Jésus : “Jésus ? Un prophète-Messie qui a réussi”. C’est dur et cela pourrait choquer les croyants, mais il n’y a dans mon propos aucune intention maligne. C’est un travail objectif de petit historien. Au contraire, les mêmes croyants ne pourront que se réjouir de voir comment leur “Jésus” a triomphé de bien des difficultés.

Je pense qu’il faut dépasser le conflit d’un Jésus vrai ou pas vrai. Parce que, même faux, il pourrait s’agir d’un mythe, d’une image injectée aux Hommes, plus ou moins bien interprétée par eux. Alors, on en arriverait à ce que sous-entend cet ouvrage : une certaine Force à définir. En attendant, avec cette réserve, on peut poursuivre l’analyse matérielle afin d’éclairer nos esprits.

Je ne voudrais donc pas passer sous silence la polémique du “linceul de Turin”. Cependant, je ne m’y attarderai pas car d’éminents spécialistes s’en occupent. La réponse officielle et définitive sera un élément de poids pour les croyants... ou les incroyants. D’autres réponses pourront éventuellement surgir pour l’analyse desquelles nous devons rester disponibles.

Au passage, je dois souligner l’intensité de la foi de nombreux de ces croyants. car ces croyants-là, malgré l’absence de preuves manifestes, n’hésitèrent pas à donner leur vie pour cette foi. Les cirques romains restent imprégnés du sang des Martyrs restés fidèles au Christ, ce Christ là, malgré la torture. Pour nuancer, il faut rappeler que le monde chrétien a généré ses propres martyrs au sein de la Maison. Les protestants, chrétiens partiellement dissidents, eurent leurs martyrs aux galères; les Cathares allèrent allègrement au bûcher...

Bref, pour revenir au Christ, il faut signaler la “doctrine Nestorienne” qui, vers 430 - après J-C. évidemment - définissait deux personnes dans le Christ : une humaine et une divine. C’était contraire à la doctrine officielle qui voulait - et veut toujours - qu’il y en ait une seule à deux natures. Je veux bien et ne me mêlerai pas à ce débat, me bornant à dire qu’il a eu lieu. Entre nous d’ailleurs, pour moi, je crois que cela ne change pas grand chose.

Pour rester dans ce monde chrétien et en Moyen-Orient particulièrement, je veux introduire une remarque qui n’est pas sans intérêt. Dans ce contexte musulman, en Irak, plusieurs religions se trouvaient ensemble à se partager l’influence, c’était sous Sadam Hussein qui appliquait la constitution assez libérale de 1970. Malgré les exactions du dictateur, jamais le Vatican ne s’en est pris à lui, ce qui pourrait sembler bizarre. Ca ne l’est pas quand on sait que Saddam Hussein s’appuyait d’abord sur sa tribu, ensuite sur les Chrétiens et enfin sur les Sunnites et accessoirement les Chiites. Il va donc de soi que le Pape ne pouvait compromettre l’intérêt général de ses oilles ... Il en allait de même avec Pie XII vis-à-vis du régime nazi en particulier face à la shoah J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer là-dessus et j’ai déclaré, sans plaisir mais avec réalisme, qu’il faut admettre qu’il y a des raisons de religion comme il y a des raisons d’Etat ! Ceci dit, on voit comment le problème religieux pèse sur la vie courante et, d’ailleurs, le nouveau contexte politique fait que les Chrétiens partent d’Irak. Comment, dans ces conditions, pourrait-on espérer voir évoluer la réflexion sur le Divin et la Chaîne de vie ?

Pour revenir au lien Jésus/Islam, il faut savoir que le Coran - 600 ans après - ne conteste pas la matérialité de Jésus mais le range au niveau des prophètes. Il conteste d’ailleurs sa mort sur la croix et le dit formellement dans une Sourate. Il n’y a donc rien d’irrespectueux à étudier posément toutes les hypothèses qui en découlent. De même on peut s’interroger sur les miracles et guérisons prêtés à Jésus. Généralement, la question est éludée par ceux qui croient autant que par ceux qui ne croient pas. Pourtant on pourrait y réfléchir car la palette des réponses est large : miracle effectif, mauvaise interprétation, acte de guérisseur, autre explication ?

Enfin, même si Jésus n’avait pas existé, même s’il n’avait pas marché sur les eaux, il est hautement intéressant de s’interroger sur le phénomène. Eh bien, moi cela ne me surprend pas. Là encore, en interprétant les possibilités d’une nature universelle, il peut y avoir beaucoup d’explications. Tout est relatif. Ce ne serait pas forcément miraculeux mais anticipé sur les dimensions de ce monde si l’on veut bien, enfin, les appréhender. Y a-t-il à se formaliser d’une hypothétique présence, à Rennes-le-Château, du corps physique de Jésus. Un corps physique de Jésus aurait pu avoir été laissé aux Hommes, même repris par son Père qui l’ayant envoyé une fois peut l’avoir envoyé une seconde, voire une troisième fois. Simplement l’Eglise ne le dit pas. Tout comme elle ne disait pas, en condamnant Galilée, que plusieurs Papes avaient précédemment admis la logique Copernicienne.

Pour rester au “matériel” et par objectivité, je dois reconnaître que si les textes - d’ailleurs toujours contestables - ne donnent pas de descriptif de l’habillement de Jésus, tous ceux qui l’ont représenté l’ont montré simplement vêtu comme les Palestiniens de l’époque. D’abord, au moins là, on est en harmonie avec le rôle qu’on veut lui donner. Ensuite - alors que l’Eglise jouera ultérieurement d’une irritante pompte vestimentaire - la modeste présentation de Jésus plaide en une émouvante crédibilité. Je dis ailleurs combien les artifices ornementaux ont toujours frappé les Hommes au point que, pour ma part, je ne supporte plus les fastes des structures officielles. Il y a tromperie, influence néfaste. Combien de fois, devant de Hauts Personnages enrobés d’or et d’hermine, me les suis-je imaginés “en slip et en maillot de corps” ! Ils n’étaient plus rien. Or, Jésus présenté dépouillé sur la croix pourrait bien être totalement nu que l’on ne serait pas choqué et qu’on lui trouverait toujours une majesté émouvante. Que l’on me pardonne cette lecture vestimentaire que certains verront comme irrespectueuse ou réductrice, mais c’est ce que je pense être un de mes atouts : savoir échapper à la manipulation pour percevoir les réalités.

Dans ce domaine, je ne voudrais pas oublier la manipulation des mots. La magie du Verbe. Ainsi, je songe souvent à cette phrase dite en chaire : “Le Christ prouve sa présence par son absence”. Beau tour de force; cela sonne bien et peut d’ailleurs entraîner une longue réflexion, mais entre nous il faut un sacré culot pour le dire comme cela. Et ça passe...

Enfin, il est admis que Jésus ait pu avoir un “trou” dans son parcours. Certains ont évoqué un voyage en Inde, ce à quoi je réponds que le Tibet me paraîtrait plus logique. Des chercheurs rapportent même qu’il y a au Cachemire un tombeau dit “de Jésus”. Certains disent avoir trouvé trace de son passage et avancent que le Vatican détiendrait des documents tibétains relatant les études faites sur place par Jésus avant qu’il ne retourne enseigner en Palestine. Le silence du Vatican qui avait envoyé des missionnaires et n’évoque pas leurs compte-rendus pourrait-il s’expliquer par l’hypothèse que le Bouddhisme aurait pu influencer le Christianisme ? Dans les spéculations sur les interprétations diverses, on me reproche parfois de vouloir faire de la “coïncidence” à tout prix. D’abord ce n’est pas vrai et je m’en défends. Ensuite, que pourrait-on dire alors des interprétations rapides du nouveau Testament. Comment l’Eglise explique-t-elle la figuration (effective) et initiale du Christianisme par l’image d’un ”poisson” ? On nous rapporte que le poisson s’écrit en grec Ichthus ce qui serait l’application des initiales de Jesous Christos Theou Uios Soter soit Jésus-Christ, fils de Dieu, (notre) Sauveur. Je veux bien, c’est d’ailleurs possible, mais qui osera me jeter la première pierre ?