Champions aussi l’art du camouflage naturel, les animaux se livrent à de subtiles variations externes, que nous sommes bien incapables de reproduire. Ils ne sont égaux avec nous que dans l’immense gaspillage de la semence vitale. Dizaines, centaines, de milliers d’oeufs gâchés pour qu’un seul, voire quelques uns, ne parviennent à l’âge adulte. C’est un jeu semblable à celui de nos spermatozoïdes. Quel gâchis ! On rétorque que pour assurer la survie de quelques exemplaires, il faut en lancer bien plus. Oui. Mais à ce point-là ? Je ne me résous pas à admettre cette gâche, qui remet en cause la qualité du programme initial de vie lequel devrait, de toute évidence, être plus mesuré. A ce jeu-là, on peut se demander s’il n’en va pas de même avec les producteurs d’ovules et spermatozoïdes eux-mêmes ? C’est à dire non plus aux vecteurs de la reproduction mais à ses fruits. Autrement dit encore, ces milliards d’occupants de la planète ne devraient-ils pas, à terme, se réduire à un unique échantillon ? L’Homme parfait. Imaginer que cette immense manipulation n’aurait que ce seul but peut sembler folle. Pourtant, si nous l’avons toujours ignorée - même pas envisagée - cette hypothèse n’en reste pas moins à inscrire objectivement dans les interrogations.

Dans l’analyse des points communs entre l’animal et l’Homme, nous pouvons retenir des comparaisons intéressantes avec les chimpanzés. Leur enfance dure longtemps comme la nôtre. Leur intelligence supposée rappelle la nôtre. Tout concourait à suggérer qu’il avait été notre ancêtre et l’on sait maintenant qu’il n’en est rien. Il y a une parenté évidente bien difficile à décrypter mais porteuse de réponses dans l’analyse de la chaîne du Vivant.

Je n’ai pas aimé le film “La planète des Singes” mais je dois objectivement lui accorder une valeur symbolique et prémonitoire extraordinaire. Cela aurait fort bien pu se produire et ce n’est pas moi qui aurais écrit ce livre mais tel ou tel chimpanzé évolué assez curieux pour étudier l’Homme dans cette chaîne du Vivant !

Soyons moins prétentieux. Si nous persistons à nous croire “centre de l’Univers” ou à analyser comme si nous l’étions, nous ne risquons pas de philosopher là-dessus. En revanche si nous gardons l’esprit ouvert et disponible, alors on peut raisonner autrement et approcher sans doute les fameuses vérités cherchées jusque là en vain. Cela me rappelle ce que j’ai écrit dans le chapitre “Engins”. Je rappelais que l’énorme poids de la sonde “Stardust” s’était progressivement réduit après le lancement pour, d’étape en étape, arriver finalement à l’essentiel : le retour sur terre d’une capsule de moins de 50 kg. Et encore ne contient-elle que des microgrammes de poussières cosmiques provenant de la comète Wild 2, représentatives des matériaux constitutifs du système solaire. Image qui ne prouve rien sinon que d’être très symbolique d’un mécanisme de réduction progressive pour arriver à l’essentiel. Bien sûr ce n’est pas du plus joyeux, mais devrions-nous tricher pour ne retenir que ce qui nous convient ?

Dans l’élan, je dois parfaire mon zoo. Je réalise que tous les Hommes sont déjà arrivés à un stade d’uniformité remarquable. On pourrait dire qu’ils sont effectivement faits à l’identique, clonés, malgré des différences sensibles de peu d’intérêt en réalité. Je l’exposais à un groupe de francs-maçons parce que je connaissais leur manie de demander aux postulants à l’entrée ce qu’ils pensaient du racisme. C’était une question brève et sèche à laquelle il fallait répondre aussi vite et brièvement. Evidemment, il convenait de répondre : “Horrible, inadmissible”. Or, à mauvaise question, mauvaise réponse. Je pense qu’il fallait ouvrir davantage le débat. En effet, si le racisme est examiné au sens de distinction ségrégative et contrainte, bien sûr ce n’est pas admissible. Mais cela ne dissipe pas pour autant les différences raciales. Les goûts, les appréciations, les comportements sont bien différents entre ces clones. Il y a des différences de race que l’on ne peut gommer et qui ne doivent pas déboucher sur un conflit de valeurs. Elles sont complémentaires.

En reprenant le raisonnement dans l’autre sens, en le remontant, on constate une affligeante similitude entre les Hommes. Ils fonctionnent pareillement. Une mécanique identique, des réflexes semblables, etc. C’est une évolution de l’éthologie évoquée plus avant. Lien animal/Homme, lien Hommes/Hommes ? Oui, la différence est bien minime entre les uns et les autres et pour ne pas le voir, il faut s’être abusivement attachés à des points en fait très mineurs. Je devine les réticences de certains lecteurs aussi j’insiste lourdement pour rappeler que, dans le cycle du Vivant, il n’y a pas de différence criante chez chacun des hommes entre eux comme il en existe entre l’éléphant et... l’Araignée.

Sous cet angle, il m’apparaît que le zoo humain est prêt à s’uniformiser... et à s’exporter. L’ennui est qu’il y a encore beaucoup trop d’échantillons dans cette “pouponnière”. Comme pour les spermatozoïdes, il a gaspillage et, si mon intuition est bonne, une nouvelle question jaillit : Qui va faire le tri, la sélection ?